Menu
Dossiers

Kimono japonais femme : élégance intemporelle et symboles culturels

Kimono japonais femme : élégance intemporelle et symboles culturels #

Le kimono féminin n’est pas un simple vêtement : la longueur des manches, la place des motifs et jusqu’au sens dans lequel on croise les pans y disent quelque chose de celle qui le porte et de l’occasion. Voici comment se lisent ces codes.

En bref
Le kimono est un vêtement enveloppant, à manches carrées et corps rectangulaire, toujours croisé côté gauche par-dessus le côté droit — le sens inverse est réservé à l’habillage des défunts. Il se ferme avec une large ceinture de tissu, l’obi. Sa lecture sociale tient à trois choses : manches, emplacement des motifs, formalité de l’ensemble kimono + obi.
  • Furisode : manches de 100 à 110 cm, le plus formel des femmes célibataires.
  • Kurotomesode : fond noir, motifs sous la taille, porté par les mères des mariés.
  • Yukata : coton, sans doublure, le plus informel.

Origines ancestrales et transformations du kimono au fil des siècles #

L’ancêtre direct du kimono est le kosode, terme qui désigne d’abord des emmanchures étroites, par opposition aux longues manches de l’osode. Sous l’époque Heian (794-1185), l’aristocratie le porte en soie, mais comme sous-vêtement. Le basculement se joue quand il remonte à la surface de la tenue : la classe guerrière l’adopte décoré, et sous Muromachi il se porte sans hakama.

HeianLe kosode de soie se porte en sous-vêtement, sous des couches structurées.
Kamakura · MuromachiLe kosode décoré devient vêtement de dessus et se porte sans hakama.
Azuchi MomoyamaLe mot « kimono » — de kiru, porter, et mono, chose — devient synonyme de kosode.
EdoLes manches s’allongent chez les jeunes femmes ; les codes de motifs se densifient.

Le terme « kimono » est donc bien plus tardif que le vêtement qu’il désigne : il n’apparaît qu’au XIIIe siècle, d’après l’article Kimono de Wikipédia.

À lire Kimono en coton : l’alliance parfaite de tradition et de confort moderne

Symbolique du kimono dans la vie des femmes japonaises #

La part la plus lisible de cette symbolique est structurelle, pas décorative : ce sont les manches et l’emplacement des motifs qui portent l’information. Le furisode, aux manches flottantes de 100 à 110 cm, est le kimono le plus formel des femmes célibataires. Le kurotomesode, à fond noir et à motifs cantonnés sous la taille, est le plus formel des femmes mariées : c’est celui des mères des mariés.

Le passage à l’âge adulte
La cérémonie du seijin shiki se tient le deuxième lundi de janvier, jour férié au Japon. Les participantes y portent un furisode et des sandales zōri ; la location y est courante.
Shichi-Go-San
Ce rite de passage du 15 novembre concerne les enfants de trois, cinq et sept ans. À sept ans, une fille porte l’obi pour la première fois : c’est ce geste qui marque l’étape.
Ce que disent les motifs
Deux cas sont bien documentés : la grue à couronne rouge, que la tradition dit vivre mille ans et qui s’apparie pour la vie, et le trio pin-bambou-prunier (shōchikubai), image de constance et de résistance.

Pour le reste, méfiance envers les lectures automatiques : un motif ne « signifie » pas la même chose partout ni à toutes les époques.

Le savoir-faire artisanal et les matériaux d’exception #

La valeur d’un kimono tient largement à ses techniques de décoration, qui se lisent à l’œil nu.

Yūzen — la réserve à la pâte de riz
Un cordon de pâte de riz (itome) est déposé le long du dessin, puis les couleurs sont peintes dans les cloisons ainsi formées, avant vaporisage et retrait de la pâte. Apparu au XVIIe siècle, le yūzen reste employé pour les tenues les plus formelles.
Nuihaku — broderie et feuille métallique
Broderie de soie associée à la feuille d’or ou d’argent sur satin. Le Metropolitan Museum of Art conserve sous ce nom des costumes de théâtre nō de l’époque d’Edo.
L’obi, pièce maîtresse
Simple ceinture étroite à l’époque Heian, il atteint chez les femmes 30 cm de large et 4 m de long. Il se noue de centaines de façons ; le taiko musubi est le plus répandu aujourd’hui.

Côté matières, le kimono se décline en soie, coton, lin, chanvre et ramie. Cette dernière, fibre tirée de l’écorce interne de la tige, tient la forme et absorbe l’humidité comme le lin : c’est le support des kimonos d’été de haute qualité, les jōfu de Yaeyama et de Miyako (source).

À lire Emporio Armani parfum femme : l’élégance sensorielle signée Armani

Styles de kimonos féminins : entre tradition et modernité #

Les grandes familles de kimonos se distinguent moins par le « beau » que par la situation à laquelle elles répondent.

TypeSigne distinctifQui / quand
FurisodeManches flottantes de 100 à 110 cmLe plus formel pour les femmes célibataires ; seijin shiki, mariages
KurotomesodeFond noir, motifs seulement sous la taille, cinq kamonLe plus formel pour les femmes mariées ; mères des mariés
IrotomesodeMême principe, mais fond de couleurFemmes mariées de la famille des mariés ; un cran en dessous
HōmongiMotifs continus, courant sur les coutures« Vêtement de visite » ; mariées comme célibataires
IromujiUni, d’une seule couleurSurtout porté pour la cérémonie du thé (chanoyu)
KomonPetit motif répété sur tout le tissuAssez informel, se porte en ville
UchikakeRobe d’apparat portée par-dessus, sans obiTenue d’occasion
YukataCoton, sans doublureLe plus informel ; été, festivals, femmes, hommes et enfants
HaoriVeste tombant aux hanches ou aux genouxD’abord masculine, adoptée par les femmes à l’ère Meiji

Le point le plus souvent brouillé reste la frontière entre kimono et yukata. Ce n’est pas une affaire de style mais de construction : coton, sans doublure, le yukata est tout en bas de l’échelle de formalité, là où un kimono de soie doublé monte jusqu’aux cérémonies les plus solennelles.

Comment porter le kimono japonais aujourd’hui : usages, conseils et tendances #

Le point à ne jamais inverser
Le kimono se croise côté gauche par-dessus le côté droit. Le croisement inverse est réservé à l’habillage des défunts : c’est l’erreur la plus fréquente des tutoriels approximatifs, et la plus visible.
1Enfiler le nagajuban, sous-vêtement proche du kimono dont seul le bord du col reste visible.
2Passer le kimono et croiser le pan gauche par-dessus le droit, jamais l’inverse.
3Nouer l’obi : un même kimono change de registre selon l’obi qui l’accompagne.
4Compléter avec les tabi, chaussettes au gros orteil séparé, puis les sandales : zōri de tissu, de cuir ou de paille, ou geta de bois, associées au yukata.
5Côté coiffure, les kanzashi, ornements de bois laqué, de métal, d’écaille ou de soie.

La matière suit la saison plus que la mode : soie ou étoffes doublées quand il fait froid, coton et ramie quand il fait chaud. Hors du Japon, le kimono et ses dérivés circulent depuis longtemps dans la mode et se portent aussi librement, ouverts sur une autre tenue : un usage distinct du port codifié décrit plus haut.

Entretien d’un kimono en soie : ce que l’on sait, ce que l’on ne tente pas #

Historiquement, un kimono se lavait démonté : les coutures défaites, les lés lavés à plat, puis le vêtement réassemblé — un procédé appelé arai hari, devenu rare au Japon contemporain. C’est le seul point d’entretien réellement documenté, et il dit l’essentiel.

À lire Quand l’absence se fait poème : explorer la poésie du manque

Pour le reste, la règle raisonnable est l’abstention : une soie brodée, teinte au yūzen ou rehaussée de feuille métallique relève du nettoyage spécialisé. Sur une pièce ancienne, l’avis d’un professionnel du textile prime sur toute recette trouvée en ligne.

À retenir
  • Le pan gauche passe toujours par-dessus le droit ; l’inverse est réservé aux défunts.
  • Manches et position des motifs situent la pièce : furisode pour les célibataires, tomesode à motifs sous la taille pour les femmes mariées.
  • Yukata ≠ kimono formel : coton, sans doublure, le plus informel.
  • L’obi peut à lui seul déplacer le niveau de formalité de toute la tenue.
  • Sur la symbolique des motifs, s’en tenir à ce qui est documenté.
P Inspiration Pinterest Voir les idées & visuels « kimono japonais femme, élégance » sur Pinterest →

Questions fréquentes sur le kimono féminin #

De quel côté croise-t-on un kimono ?
Côté gauche par-dessus le côté droit, sans exception pour les vivants ; le croisement inverse est celui que l’on donne aux défunts.
Le furisode est-il réservé aux femmes célibataires ?
C’est le kimono le plus formel des femmes célibataires, reconnaissable à ses manches de 100 à 110 cm, porté au seijin shiki et aux mariages. Les femmes mariées ont leur équivalent : le kurotomesode.
À quoi sert exactement l’obi ?
Cette large bande de tissu ferme le vêtement et en fixe la formalité : un même kimono convient à des occasions différentes selon l’obi choisi.
Peut-on laver un kimono en soie chez soi ?
Le lavage traditionnel, l’arai hari, consistait à démonter entièrement le vêtement — pratique aujourd’hui rare. Pour une soie brodée ou rehaussée de feuille métallique, l’entretien relève du spécialiste.

Sources consultées : Kimono (fr), Kimono (en), Coming of Age Day, Shichi-Go-San ; collection en ligne du Metropolitan Museum of Art pour les costumes nuihaku.

Partagez votre avis

Dans la même rubrique : À la une